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Récit d’une création de classe de clavecin..., par Sébastien Wonner

normal'>Récit d’une création de classe de clavecin et d’un département de
musique ancienne

 

Ce texte propose de retracer la création d’une classe de
clavecin et d’un département de musique ancienne au normal'>CNR de Bayonne-Côte Basque.
Il est la transcription d’une intervention orale, lors de la première assemblée
générale de CLEF en mai 2004. On excusera l’emploi de la première personne, ce
récit étant avant tout une expérience personnelle.

Situation et environnement

La ville de Bayonne est située dans le département des
Pyrénées-Atlantiques, dont elle est une sous-préfecture, Pau étant la
préfecture, à 100 km. Elle est « collée » aux villes de Biarritz et
d’Anglet, ces trois villes forment une agglomération (le B.A.B.) d’à peu près
120 000 habitants. Elle se trouve à 200 km au sud de Bordeaux, à 280 km à
l’ouest de Toulouse, la frontière espagnole est à 25 km, Saint-Sébastien à 40
km. Pour la présentation du CNR, je cite le site Internet de la communauté
d’agglomération (agglo-bab.com) :

<span
style='mso-spacerun:yes'> « En 1999, le Ministère de la Culture et
de la Communication décide le reclassement de l’Ecole Nationale de Musique
créée en 1884 en " Conservatoire National de Région Bayonne Côte Basque
", le projetant ainsi parmi les plus importants établissements
d’enseignement musical spécialisé français, ce qui couronne 120 années dédiées
à la qualité artistique.

Le Conservatoire
National de Région Bayonne Côte Basque est constitué en un syndicat mixte
réunissant la Communauté d’Agglomération de Bayonne Anglet Biarritz et les
villes de Biarritz, Hendaye et Saint-Jean de Luz.

Cette structure
fonctionne avec quatre sites localisés à Bayonne, Biarritz, Hendaye et Saint
Jean de Luz pour garantir une proximité auprès de 1 700 élèves répartis sur la
côte Basque. Les enseignants interviennent indifféremment sur chacun des sites.

Le site de Bayonne est
toutefois le pôle principal et regroupe l’essentiel des services administratifs
ainsi que la bibliothèque. Il héberge également l’orchestre Bayonne côte
Basque. »

Ainsi en 1999, le Conservatoire créait 3 nouveaux postes
d’enseignement accompagnant le passage
en CNR : le tuba, l’électro-acoustique et la musique ancienne. Organiste
et claveciniste de formation, j’ai été recruté à 25 ans dans ce cadre,
l’intitulé du poste étant : clavecin/musique
ancienne
. J’avais donc une double mission : créer une classe de
clavecin et développer la musique ancienne dans l’établissement (cours
d’ensemble, actions diverses, susciter la création d’autres postes).

 

Etat des lieux en 1999

A mon arrivée, la situation était à la fois difficile... et
favorable. En effet, le clavecin et la musique ancienne étaient quasi
inexistants au CNR et, de ce fait, les a priori
également (négatifs ou positifs). Je me permets d’insister sur ce point car
cela serait se voiler la face que de penser que la méconnaissance, voire le
mépris des pratiques sur instruments anciens n’existent plus aujourd’hui dans
les CNR et le monde musical. De mon côté, les blocages complets étaient (et
sont encore aujourd’hui) très minoritaires, et liés essentiellement à des personnes
spécialement fermées. Toutefois, le rejet total de 2 ou 3 collègues n’est pas
un frein au bon fonctionnement des classes de musique ancienne.

Au niveau instrumental, je ne partais pas de zéro, car le
CNR possédait un grand clavecin franco flamand à deux claviers (F’’’-f’,
2x8’,1x4’) de Reinhardt Von Nagel, acheté par l’orchestre en 1990, en très bon
état car ne servant que pour cet usage. Deux vénérables clavecins de série des
années 1960 complétaient la collection. A mon arrivée, il y avait tout de suite
un budget accordé pour un deuxième instrument, et nous avons décidé de
commander un orgue positif (Q. Blumenroeder, Bourdon 8, Principal 4),
instrument inexistant dans la région, privilégiant ainsi la musique d’ensemble,
en attendant que les jeunes clavecinistes grandissent. Ce ne fut pas un mauvais
calcul.

Le travail pouvait commencer dès la rentrée, grâce aux
précieuses « portes ouvertes ». Anticipant la création de la classe,
quelques enfants s’étaient inscrits et ont été de fait les premiers clavecinistes
de la région. Certains sont encore là aujourd’hui et sont pour la plupart en
fin de deuxième cycle. D’autre part, le CNR étant ouvert aux pratiques
amateurs, la classe a pu fédérer, modestement, les passionnés de la région. <span
class=GramE>Il s’agissaient principalement de flûtistes à bec, mais
aussi d’un gambiste et d’une hautboïste baroque ! D’autre part, le
continuo ayant bonne presse chez les jeunes pianistes, chaque année des
étudiants pianistes déjà confirmés viennent s’initier
aux joies de la basse continue.

 

Choix pédagogiques

Il y a une grande difficulté à se lancer dans une entreprise
de développement dans une région excentrée. Mais il y a aussi une grande
liberté, et celle-ci peut souvent, a contrario, rééquilibrer un certain
sentiment de solitude. L’absence d’instruments et de musiciens professionnels
spécialisés dans la région pouvait angoisser, mais c’était en même temps un
contrat de départ. Je m’étais néanmoins fixé quelques objectifs précis sur les
années qui allaient suivre, comme l’arrivée de collègues par exemple. Le
principal défi allait être le suivant : comment convaincre de l’intérêt de
la pratique des instruments anciens en général et du clavecin en
particulier ? En d’autres termes, comment faire le moins de compromis
possibles, tout en étant le plus ouvert possible ? Peut-être la solution
était justement une sorte de grand écart permanent, nécessaire dans une telle
situation.

Il fallait fédérer autour de projets motivants, sans laisser

penser que la musique baroque n’est qu’un vernis que l’on peut apprendre sur
son instrument moderne en quelques cours, ou que le clavecin est un piano du
pauvre. Saupoudrer sans saupoudrage, vaste programme ! J’ai été aidé bien
sûr grâce au soutien et à l’intérêt de beaucoup de collègues qui m’ont aidé
dans toutes sortes de projets. Entres autres exemples, très vite, nous nous
sommes lancés dans un Messie (pouvoir miraculeux des « tubes »)
fédérant le chœur mixte du CNR, de jeunes instrumentistes avec chacun un solo,
mais aussi une pianiste jouant une basse
continue réalisée sur un Neupert (Dieu
me pardonne). J’ai la naïveté de penser que si une jeune violoniste de 14 ans
participant au projet fera 3 ans plus tard du Rosenmüller en mésotonique (avec
un continuo réalisé cette fois-ci !), ce Messie n’y aura pas été pour
rien. L’inverse aurait été impossible.

D’autre part une disponibilité permanente allait devenir
nécessaire, essayant d’être le plus
possible là où il y a une demande et surtout du désir. Sans vouloir aucunement
faire de l’héroïsme, je ne compte plus les nombreux transports et accords, mais
aussi les interventions dans les classes de formation musicale, d’histoire de
la musique, les présentations, etc.... Le travail avec mes collègues a été dans
ce sens déterminant, intervenant régulièrement dans les classes quand les
élèves travaillaient de la musique baroque (au violon, hautbois, mais aussi à
l’accordéon ou au marimba). Des master classes ont pu être organisées également
(en théorbe par exemple, avec Eric Bellocq).

 

Le clavecin

Ce bouillonnement a finalement été très profitable au
clavecin, créant de fait une visibilité et une image positive de la musique
baroque au CNR. Cela a été d’autant plus simple de motiver de jeunes enfants à
la pratique du clavecin mais aussi des pianistes et des organistes. Il faut
être honnête : l’entrée au clavecin par la seule porte
« clavier » aurait été impossible. Le clavecin n’avait pratiquement
aucune image à mon arrivée ou alors pas
très bonne (j’épargne les détails). N’étant pas pianiste moi-même, j’avais
sous-estimé l’effet d’ « aspirateur » que le piano peut avoir
dans un CNR de province, et l’image du clavecin lui est souvent associée en
négatif. J’en ai été le premier surpris.

Heureusement, les choses changent et évoluent rapidement,
grâce notamment à une réelle motivation de la direction pour renverser la
vapeur sur les autres claviers face à l’antique domination du piano. Les effets
peuvent être spectaculaires : depuis deux ans, 3 à 4 jeunes enfants de 7
ans s’inscrivent en clavecin chaque année, sans coercition bien sûr ! Il
faut néanmoins rester prudent, pour des raisons d’effectifs, les portes
d’entrée du piano restant toujours moins perméables que celles du clavecin, ce
premier exerce toujours une sorte de fascination qu’il ne demande pas
forcément.

Ce débat est peut-être un peu trivial, et je croyais
naïvement l’éviter, pensant que l’essentiel était le désir des enfants. Mais ce
désir est parfois motivé par des raisons qui nous échappent. De plus, tous les
clavecinistes enseignants qui ont créé une classe ont dû,<span
style='mso-spacerun:yes'> à un moment ou à un autre, être confrontés à
ce type de problématique. Il convient en tout cas de réfléchir à cela, le mieux
étant bien sûr un aller-retour permanent entre la direction et l’enseignant. Je
suis personnellement très satisfait de l’évolution sur ce sujet à Bayonne.

 

Soutiens

Quand je regarde aujourd’hui le travail accompli, il faut
signaler qu’il n’a été possible que grâce à de nombreux relais. Tout d’abord,
la direction a toujours soutenu et encouragé mon travail. L’amour pour la musique
ancienne de Xavier Delette, directeur du CNR, a permis un développement rapide
et des réalisations très motivantes. Inutile de souligner ici l’importance
capitale de ce type de soutiens, les conditions de travail à ce niveau ont été
parfaites. Alors directeur de l’Orchestre Bayonne Côte Basque, Mr Delette
m’avait également confié deux séries de concerts, dirigés du clavecin, 2 années
de suite. Cela m’a permis d’avoir un contact encore plus direct avec mes
collègues, qui ont joué le jeu de s’intéresser aux acquis des pratiques
historiques sur leurs instruments modernes.

Je dois souligner également le soutien de l’animation, qui a
permis des concerts et projets réguliers de musique ancienne, ne reculant pas
parfois devant des défis de régie et d’organisation (spectacle chanté, joué et
dansé en extérieur, pièce de théâtre, concert en déplacement,...). Toutes ces
manifestations ont pu être réalisées grâce à toute une troupe motivée par la
musique ancienne, permettant des rendez-vous réguliers et variés autour de
toutes sortes de musique (4 saisons de Vivaldi mais aussi cantates du XVIIè
siècle avec orgue, « première » d’une musique de scène de Lully,...).

 

Le département

Dans ce contexte, la direction a pu trouver un financement
pour organiser des stages de flûte à bec en 2001 et 2002. Nous avons pu mettre
sur pied 10 stages sur l’année 2001/2002, un par mois, dont deux consacrés au
hautbois baroque. Ils avaient pour vocation d’encadrer les élèves déjà
inscrits, des amateurs pour la plupart dont
je m’occupais du mieux que je pouvais, mais aussi de présenter la flûte
à bec à de jeunes enfants futurs commençants. Le succès fut total, et la classe
de flûte à bec a été créée à la rentrée 2002... et pleine à la fin du mois de
septembre ! Par un hasard plus personnel, la nouvelle nommée, Marie-Laure
Besson s’installait à Bayonne avec son compagnon Michele Zeoli,
contrebassiste baroque et gambiste. Ce dernier assura un intérim au poste de
contrebasse moderne du CNR alors vacant.
L’année suivante, en 2003, 8 heures
d’enseignement ont pu être allouées à la musique ancienne. Mr Zeoli assure donc
des heures de cours de musique de chambre baroque pour les cordes et une
initiation à la viole de gambe. Le département de musique ancienne existe ainsi
officiellement depuis la rentrée 2004. J’en assure pour le moment la
coordination, nous sommes donc trois enseignants, 5 ans après mon arrivée.

 

Perspectives

En 2002, le CNR a inauguré un principe de
« semaines », sorte de plein feux intensifs pendant une semaine sur
une thématique ou un instrument (orgue, musique contemporaine,...). La musique
ancienne a été à l’honneur en 2004 avec des master classes d’interprètes et
pédagogues de renom (violon baroque et pianoforte avec Hélène Lacroix et Aline
Zylberajch), des concerts d’élèves et de professeurs, des chefs invités
préparant et dirigeant des élèves (Michel Laplénie, désormais en résidence en
Aquitaine). Le programme de 2005 est de la même tenue avec entre autre,
Jean-Marc Andrieu et l’orchestre de Montauban, Claire Michon, Bruno Cocset, ...

En conclusion, beaucoup de choses positives sans aucun
doute, mais des chantiers demeurent. Par exemple, l’accès aux instruments des
élèves clavecinistes (achat, ou simplement location ou prêt) reste
problématique. Nous attendons avec grande joie un nouvel instrument au CNR pour
très bientôt, mais les instruments privés demeurent encore inexistants. Les
raisons sont nombreuses et il n’est pas toujours évident d’agir à ces
différents niveaux, mais je ne désespère pas !

Bayonne, malgré un cadre de vie très agréable, reste une
ville de moyenne importance. Les cursus universitaires, même s’ils sont en
développement, restent restreints. Nous souffrons souvent de l’émigration de
nos élèves dès l’âge de 18 ans. Pour exemple, la faculté de musicologie la plus
proche est à Bordeaux, à 200 km.

Le bilan reste néanmoins très positif, il y a aujourd’hui
une douzaine d’élèves de clavecin, 4 ou 5 en basse continue et de nombreux
groupes. On peut estimer,toutes classes confondues, entre 50 et 60 élèves
concernés hebdomadairement par la musique ancienne, hors projets ponctuels,
avec chœur, trompettes et timbales !

Il reste de toute façon une donnée sur laquelle ni le
département de musique ancienne ni l’administration ne peuvent agir : il
faut laisser aux enfants le temps de grandir ...

 

Sébastien <span
class=SpellE>Wonner





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publié le dimanche 11 juin 2017

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