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Les fonds musicaux anciens à Lyon, par Laurent Guillo

Texte de la conférence donnée par Laurent Guillo aux journées de Clavecin en France 2008

LES FONDS MUSICAUX ANCIENS A LYON

Laurent Guillo

Journées Clavecin en France
9 mars 2008
CNSM de Lyon

Les fonds musicaux anciens conservés à Lyon sont riches, de surcroît ils sont entretenus. Ces fonds sont d’origines diverses :

Les siècles les mieux couverts sont le derniers tiers du XVIIe siècle, le XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle. La musique composée avant l’époque de Lully reste assez mal représentée, car on n’a jamais retrouvé à Lyon aucune bibliothèque musicale de chapelle, de collège ou de famille noble du XVIe ni du XVIIe siècle, qui ait pu être à l’origine de la transmission d’un fonds. Cette lacune fait d’ailleurs que la pratique musicale lyonnaise reste difficile à cerner pendant cette période.

LES FONDS HISTORIQUES

1 - Le fonds des Jésuites

Le collège de la Trinité a longtemps été une des institutions importantes de Lyon : il a été confié en 1567 à l’administration des Jésuites et l’on sait la place que cet ordre a accordée à la musique, au théâtre et au ballet dans l’éducation des enfants. On peut supposer qu’il en fut à Lyon comme dans tous les autres collèges jésuites importants mais, à Lyon, il n’est pas resté beaucoup de traces de cette activité. On connaît surtout des livrets de ballets donnés par les élèves lors des fêtes annuelles ; certains ont été écrits par Claude François Ménestrier

De cette époque, la musique qui subsiste et qui provient des collections du collège ne compte que de rares volumes : le Ballet comique de la Reyne (Paris, 1581), les Florida sive cantiones de Joachim Van der Hove (Utrecht, 1601 : un recueil de chansons et de madrigaux réduits au luth), un recueil de Magnificat de Lassus (Munich, 1602), les Cantica et litaniae B. Mariae virginis de Flaminio Nocetti (Venise, 1617), un recueil de motets intitulé Promptuarii musici de Johann Donfried (Augsburg, 1622) et quelques traités du XVIIe siècle (Caroso, Parran, Mayer). Toutes œuvres qui attestent d’une pratique musicale, donc, mais qui sont trop rares pour permettre de la retracer.

Une page du traité de Fabrizio Caroso, Trattato secondo del Ballarino...
– Venise : Francesco Ziletti, 1581. Lyon BM : 341601

Après la suppression de l’Ordre en 1765, la bibliothèque des Jésuites a formé le noyau des collections publiques lyonnaises. A cette époque des partitions gravées du XVIIIe siècle ont été intégrées à ce fonds mais sans avoir eu, semble-t-il, un rapport direct avec la vie de l’ancien collège. Il s’agit d’éditions de Campra, Bertin, Couperin, Destouches, Lully, Marais, Mascitti, Montéclair et Morin. Elles sont en nombre réduit et portent l’ancien cachet rond de la Bibliothèque : EX BIBLIOTH. PUB. COLLEG. LUGD.

2 - Le fonds de l’Académie du Concert

Fondée par Jean-Pierre Christin (1683-1755) et Nicolas-Antoine Bergiron du Fort-Michon (1690-1768), l’Académie du Concert de Lyon a été active de 1713 (c’est-à-dire à peu près quand Pierre Donzelague choisissait son bois pour le clavecin du Musée des Tissus...) et jusqu’à 1773 environ.

Soixante ans, c’est une assez belle performance pour une Académie. Elle relevait d’une initiative privée destinée à réunir des concerts d’amateurs, mais fut ensuite soutenue par les subventions du Consulat de Lyon et put engager des musiciens pensionnaires. L’Académie réunit progressivement un important fonds musical dont le noyau fut vraisemblablement constitué par la bibliothèque personnelle de son co-fondateur Bergiron du Fort-Michon. Elle s’accrut aussi par de nombreux achats et des dons de diverses provenances :

Ces apports successifs sont une belle illustration de la devise suivante : « une bibliothèque ne naît pas, elle s’accroît ». Les partitions du Concert se reconnaissent par un fer de reliure poussé à chaud, montrant un caducée et une lyre croisés, ou par un timbre en taille-douce de dessin similaire, apposé sur la page de titre.

Fer de reliure poussé sur les plats des partitions de l’Académie du Concert

La bibliothèque était conservée dans l’hôtel que l’Académie du Concert se fit construire en 1726, et placée sous la garde de bibliothécaires. Elle cumulait des éditions gravées et des sources manuscrites, pour lesquelles toutes les parties séparées nécessaires à l’exécution avaient été copiées. Globalement, cette bibliothèque est parvenue jusqu’à nous en bon état mais pas dans sa totalité. Deux catalogues du temps nous sont parvenus :

C’est ce dernier inventaire qui donne la meilleure idée de la richesse de la collection : environ trois cents motets à grand chœur, cent cinquante opéras, deux cent cinquante petits motets, etc. Le Concert fit paraître une notice dans l’Almanach de Lyon qui précisait :

La Bibliothèque de Musique du Concert peut passer pour la plus belle & la plus précieuse du Royaume. Elle est composée d’une très-grande quantité de Motets à grand Chœur, des meilleurs Auteurs, tels que Lalande, Bernier, Campra, &c. recueillis avec soin ; il y en a aussi qui ont été composés par les meilleurs Maîtres d’Italie. Un très-grand nombre d’Opéra, dont tous ceux de Lulli qui y sont complets & d’autres de bons Auteurs, avec plusieurs divertissements, y forment un assemblage intéressant de Pièces Françoises à grand Chœur. On y trouve encore des Concerto à grande Symphonie.

Outre ces Pièces qui servent à remplir les Concerts généraux, cette Bibliothèque en renferme beaucoup d’autres qui sont propres aux Concerts, particuliers, telles que des Livres de Cantates, Sonnates à violon seul, duo & trio, & des Motets dans tous les genres à une, deux, trois & quatre voix, avec & sans Symphonie ; même des Oratorio en Latin & en Italien, genre de Musique particulièrement en usage en Italie.

Ce qui nous est parvenu de la Bibliothèque du Concert se monte à environ un quart de l’inventaire de 1754-1757, et fut versé à la Bibliothèque du Palais des Arts (l’actuel Musée des Beaux-Arts) à une date inconnue, sans être reporté dans ses catalogues. Ce fonds entra enfin à la Bibliothèque de la Ville peu avant 1910, au Palais Saint-Jean, où il forma le noyau des collections musicales anciennes.

La première comparaison entre l’inventaire ancien et ce qui en reste de nos jours a été faite par le musicologue Léon Vallas en annexe à sa thèse sur la musique à l’Académie.

Le fonds musical de l’Académie se monte à environ 1000 partitions imprimées ou manuscrites ; ses grandes richesses consistent en :

Première page du grand motet Notus in Judaea Deus de François-Paul Neuville de Villeroy,
archevêque de Lyon. Lyon BM : Rés FM 133978.

Page du motet à grand chœur Exaudiat te Dominus
de François Estienne. Rés FM 129862.

Page des sonates à violon seul et basse continue op. 5 d’Arcangelo Corelli.
Lyon BM : Rés FM 129950.

Première page de La Pucelle, une des six sonates en trio de François Couperin.
Lyon BM : Rés FM 129949.

Page des VI sonates de chambre à deux violons sans basse,
de Pierre Leclair. Lyon BM : Ms 6243.

Les éditions de Lully, nombreuses, ne semblent pas avoir été souvent jouées au Concert, si l’on en croit les relevés des concert faits dans la presse lyonnaise par une équipe qui travaille pour le CMBV. Il fait cependant se rendre compte qu’à cette époque les volumes de tragédies lyriques ont constitué le socle de très nombreuses bibliothèques de musique, et qu’il n’était pas pensable de ne pas les posséder tant l’action de Lully avait été forte et innovante.

Beaucoup d’œuvres de ce fonds, en somme, n’ont jamais été imprimées à l’époque. C’est pourquoi ce fonds recueille constamment l’attention des musicologues, des éditeurs de fac-similés, etc.

3 - Le Fonds de l’Opéra

A partir des années 1775-1780, le Théâtre de Lyon a consacré une part de ses programmes aux opéras et opéras-comiques des compositeurs à la mode : Dalayrac, Grétry, Dezède, Philidor, Gluck ou Monsigny. Ces œuvres furent souvent représentées jusqu’à l’époque napoléonienne. De ce répertoire, ainsi que des œuvres plus tardives de Méhul, Boieldieu, Paisiello ou Sacchini, beaucoup de partitions nous sont parvenues, qui portent le tampon des Théâtres de Lyon.

Ce fonds a été déménagé dans le nouveau Grand-Théâtre inauguré en 1831 et, de là, a été partagé en deux :

4 - Le fonds des Jésuites de Chantilly

En 1999, la bibliothèque des Jésuites de Chantilly est déposée à la Bibliothèque municipale de Lyon, ce qui représente un accroissement de 500.000 documents d’un coup… Cette bibliothèque provenait elle-même du regroupement de plusieurs fonds jésuites provenant de France ou des Îles anglo-normandes. Fatalement, il se trouve là des recueils de cantiques, des traités, des liturgies avec plain-chant noté, qui complètent judicieusement les autres fonds.

Si la moisson musicale n’est pas mirobolante, on note quand même un très beau recueil in-folio qui contient :

Ces trois éditions sont fort rares, la seconde est même unique.

LES FONDS DE COLLECTIONNEUR

5 - La collection Georges Becker (1834-1928)

Georges Becker est un musicologue suisse qui, après des études en Suisse et en France, s’installe à Genève de 1865 à sa mort. Il professe à l’Université de Genève, compose, collabore à diverses revues musicologiques et publie des articles essentiellement consacrés à Jean-Jacques Rousseau, à la musique en Suisse, à l’instrumentation ainsi qu’aux musiciens et poètes de la mouvance huguenote. Conservée à la Bibliothèque Publique et Universitaire de Genève, sa correspondance révèle qu’il était en relation avec les grands musicologues de son temps.

Georges Becker a rassemblé

Page de titre d’une méthode de musique de Christian Huber.
– Saint-Gall : Jacob Redinger, 1682. Lyon BM : 379322.

Ce fonds de mille deux cents documents a été acheté par la ville de Lyon en 1894, par l’entremise du Dr Henri Coutagne, érudit lyonnais. Il a été déposé à la Bibliothèque Municipale où il a été catalogué entre 1906 et 1910 par Léon Vallas et le bibliothécaire Cantinelli. Il fait partie de ces fonds qui n’ont pas été inventoriés par le RISM dans les années soixante, et contient nombre d’éditions rares ou inhabituelles.

6 - La collection Théodore Vautier (1852-1931)

Théodore Vautier (1852-1930) est né à Lyon, d’origine protestante. Après des études scientifiques ; il est nommé professeur de physique industrielle à l’Université de Lyon. Il succéda à son père dans plusieurs affaires d’éclairage par le gaz et d’électricité, devint en 1898 président de la Société technique de l’industrie du gaz en France. Il fut de toute évidence une des figures du milieu industriel lyonnais.

En 1879, Vautier fondait avec dix-neuf autres membres la Société lyonnaise des Concerts de musique classique, aux côtés de quelques notables, tels le Docteur Henry Coutagne, le savant Emile Guimet ou le banquier Henry Morin-Pons. Construite autour du quatuor Ten Have, la société tînt durant plus de vingt-cinq ans une série de concerts de musique instrumentale, soutenue à l’occasion par des professeurs du Conservatoire ou des virtuoses de passage. En 1906 Vautier publia à Lyon les programmes interprétés depuis la fondation, avec non seulement le détail des programmes mais aussi la statistique des compositeurs joués. Cet engagement dans la musique lui valut de figurer à plusieurs reprises au Conseil d’Administration du Conservatoire de Lyon aux alentours de 1899.

Programme des séances de la Société lyonnaise des concerts de musique classique
(1879-1906), publiés par Théodore Vautier. – Lyon : A. Rey, 1906. Coll. part.

Sa collection musicale, dont on peut supposer qu’elle servit à l’occasion à la société, est entrée en 1922 à la Bibliothèque municipale ; quelques éléments se trouvent aussi à la Bibliothèque du Conservatoire. Elle comprend surtout de la musique du XIXe siècle (Pleyel, Boccherini, Cimarosa, Dalayrac, Fiorillo, Gluck, Grétry, Haydn, Kozeluch, Martini, Méhul, etc.) mais aussi des sonates, opéras et journaux d’ariettes de la fin du XVIIIe siècle. Elle est reliée dans des volumes qui portent souvent les initiales L.A.B. (Ludovic d’Assac ?), ce qui semble indiquer qu’il s’agit d’une collection de seconde main.

7 - Le fonds Chomarat

Collectionneur à la fois grand et éclectique, intéressé par les éditions anciennes, le livre d’art, la presse marginale ou les ephemera, Michel Chomarat est actuellement chargé de mission pour la Mémoire à la Mairie de Lyon. Collectionneur infatigable et éclairé, il a déposé la totalité de son fonds (soit 45.000 documents) à la Bibliothèque municipale de Lyon il y a quinze ans. Ce fonds est considérable, d’autant qu’une partie de ce fonds a été conçue pour complémenter ou supplémenter les collections lyonnaises. Il apporte des éléments de valeur sur l’ésotérisme, sur Nostradamus, la franc-maçonnerie, le livre d’artiste, l’histoire du livre, etc.

En matière de musique, les apports sont divers mais non négligeables : beaucoup de recueils de cantiques, des éditions du XVIIIe ou du XIXe siècle, etc. Ces collections sont disponibles dans le catalogue en ligne de la BM de Lyon.

8 - Le fonds Candaux

Jean-Daniel Candaux est ce qu’on peut appeler un notable genevois ; actif tout d’abord dans l’archéologie, puis dans le journalisme et la recherche en histoire littéraire, il a constitué de longue date des collections prestigieuses, sur Voltaire, Madame de Staël, Isabelle de Charrière, etc. Depuis longtemps aussi, il a constitué une collection considérable de psautiers huguenots, du XVIe siècle à la fin du XIXe siècle. Ce sont des volumes contenant les psaumes de David, traduits d’abord par Clément Marot et Théodore de Bèze, puis révisés par Valentin Conrart, les Pasteurs de l’Eglise et de l’Académie de Genève, le Synode wallon des Pays-Bas, etc.

Cette collection, riche de 850 volumes, a été acquise par la Bibliothèque municipale il y a un peu plus d’un an, et la plupart de ces volumes contiennent des mélodies notées, parfois aussi des psaumes harmonisés à quatre voix. Cette collection constitue un apport considérable puisque c’est la troisième collection du genre après celles de la Bibliothèque du Protestantisme Français et de la Bibliothèque de la Compagnie des Pasteurs de Neuchâtel.

9 - Les Archives de Léon Vallas

Léon Vallas est un grand musicologue lyonnais, décédé en 1956. Il est surtout connu pour son étude de la musique à Lyon au XVIIIe siècle (nous en avons déjà parlé à propos du fonds de l’Académie) et pour ses travaux sur Debussy. Il avait une audience internationale, de par ses émissions radiophoniques et ses cycles de conférences au Etats-Unis sur Debussy.

Le fonds Vallas, entré il y a une quinzaine d’années, a été inventorié : son inventaire est disponible en ligne sur le portail de la BM de Lyon ; on peut donc le consulter à distance. Nous ne doutons pas que cela va raviver l’intérêt qu’on porte à ce lyonnais « digne de mémoire ».

10 - Le fonds du Conservatoire national de région

Le Conservatoire National de Région de Lyon, inauguré en 1872, possède des collections de musique ancienne qui ont des origines diverses.

A une date inconnue, le Conservatoire a reçu un dépôt de partitions d’opéras français de la période 1760-1810 provenant du Conservatoire de Paris. Certaines de ces partitions portent aussi le tampon des Menus Plaisirs du Roi ; elles provenaient de l’École Royale de Chant, située dans l’Hôtel des Menus Plaisirs entre 1786 et 1830.

Le Conservatoire a recueilli des volumes de musique instrumentale de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle ayant appartenu à Ludovic d’Assac, Octave de la Beaume, Édouard Vannier et surtout Alexandre-Henry de Chaponay (1812-1878). Ce notable, musicien et bibliophile, possédait une collection d’instruments des plus grands luthiers ; il organisait chez lui des concerts hebdomadaires où se produisaient des musiciens lyonnais et des célébrités de passage. Il a légué au Conservatoire ses recueils de duos, trios, quatuors et quintettes à cordes, reliés dans de forts volumes.

On trouve enfin quelques partitions d’opéras ou de musique instrumentale qui portent les ex-libris d’Amédée Méreaux (1802-1874, compositeur, musicien et critique établi à Rouen), Théodore Vautier, ou Joanny Gandon, chef d’orchestre lyonnais.

En 1975, une soixantaine d’éditions parmi les plus anciennes ont été déposées à la Bibliothèque Municipale. Les autres éditions antérieures à 1801, soit environ une centaine, ainsi que d’autres éditions rares, précieuses ou dédicacées, sont regroupées dans une Réserve créée en 1980 à l’occasion de la réorganisation de la Bibliothèque du Conservatoire.

Pour conclure

Les sources anciennes disponibles à Lyon, à la Bibliothèque municipale surtout mais aussi au Conservatoire National de Région, sont donc riches et variées. On peut citer également le fonds Nadia Boulanger, légué au CNSM, mais qui couvre des domaines plus récents. Tous les domaines sont couverts : musique pratique et théorie, musique vocale ou instrumentale, profane ou sacrée, hymnologie…

Il faut noter que les achats continuent : il y a dix ans deux livres imprimés par Jacques Moderne dans les années 1530 et 1540 ont été achetés pour combler un vide béant, puisque de cet imprimeur - chronologiquement le deuxième imprimeur de musique en France - la bibliothèque ne possédait aucune pièce de musique.


REFERENCES

Sur la vie musicale à Lyon :

Les deux catalogues de référence sur les fonds lyonnais :

Catalogues annexes :





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publié le mercredi 22 novembre 2017

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