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#1 16-09-2009 18:24:14

Leonhardt et ses amis à Paris du 15 au 19 septembre 09

Du 15 au 19 septembre, la Cité de la Musique offrira une alléchante carte blanche à l'immense claveciniste Gustav Leonhardt qui recevra les Kuijken, l'ensemble Café Zimmermann, Pierre Hantaï, Benjamin Alard et bien d'autres.

Gustav Leonhardt n'aime pas parler d'interprétation. Plutôt que de « traduire » la musique, il veut la « présenter ». Et, à 80 ans passés, le grand claveciniste néerlandais continue à le faire aux quatre coins du monde. Du mardi 15 au samedi 19 septembre, la Cité de la Musique à Paris proposera un Domaine Privé Gustav Leonhardt en cinq concerts réellement passionnants.

Ces festivités baroques débuteront le 15, par un concert dirigé par Leonhardt lui-même du Concert Français et de l'ensemble vocal Sagittarius avec, entre autres, Pierre Hantaï au clavecin. Au programme, des pièces signées John Blow et Henry Purcell. Ces deux compositeurs ont laissé des pages inoubliables pour voix solistes, chœur, orchestre et basse continue. Gustav Leonhardt a l'art d'en restituer les lignes, les lumières, les ombres, et propose une sorte de portrait de ces deux compositeurs. Mais un portrait mouvant, plus qu'un monument… En 1698, trois ans après la mort de Purcell, paraissait à Londres le premier volume d'une anthologie de ses Songs, intitulée Orpheus Britannicus. En 1700, huit ans avant la mort de Blow, fut imprimé un recueil de ses chansons, duos et trios, Amphion Anglicus. Comme si la concurrence des réputations, entre le grand disciple et le maître qui lui a survécu, avait été mise en scène par le biais des musiciens mythiques de l'Antiquité, Orphée et Amphion.

Ce Domaine Privé se poursuivra le lendemain, mercredi 16 septembre, par un concert donné par Leonhardt et « les » Kuijken, à savoir Sigiswald et Sara au violon et Wieland à la viole de gambe… Quand il parle « des Kuijken », Gustav Leonhardt dit : « les amis ». C'était avec Sigiswald Kuijken qu'il avait fondé en 1972 La Petite Bande, afin d'enregistrer chez Harmonia Mundi la musique de Lully. Avec Sigiswald, Sara (la fille aînée de Sigiswald) et Wieland, il présentera ce 16 septembre un choix d'œuvres là encore signée Purcell et de Blow. Les pièces pour clavecin de Purcell furent écrites dans un but pédagogique. Elles figurent dans un recueil imprimé de son vivant et édité par lui-même en 1689, Musick's Hand-Maid, ainsi que dans le volume A Choice Collection of Lessons for the Harpsichord or Spinnet, qui fut publié après sa mort en 1696. Dans ses œuvres didactiques pour le clavier comme dans ses sonates pour deux violons, basse de viole et basse continue, Purcell a su intégrer les apports étrangers, notamment ceux de la musique française et italienne. Dans la préface à ses Sonnata's of III. Parts de 1683, il disait ainsi avoir « fidèlement cherché une juste imitation des Maîtres italiens les plus célèbres ».

Seul enfin ! Jeudi 17 septembre, le claveciniste néerlandais sera seul face à son instrument qui, pour l'occasion, ne sera pas un clavecin mais l'orgue de l'église Saint-Louis-en-l'Île. Des orgues, Gustav Leonhardt en a connu tant, depuis son récital de Klosterneuburg enregistré en 1950 (ce fut son premier disque). Lui qui fut l'organiste titulaire de la Waalse Kerk puis de la Nieuwe Kerk d'Amsterdam, il jouera pour ce concert parisien sur l'instrument nouveau de l'église Saint-Louis-en-l'Île, dont la construction fut entreprise en 1999 et achevée six ans après. Son facteur, Bernard Aubertin, l'a conçu selon l'esthétique baroque de l'Allemagne du Nord plutôt que dans le style plus clair des orgues classiques français. D'où un orgue plus adapté au jeu polyphonique, que Leonhardt illustre dans un répertoire qui confronte Blow et Purcell avec leurs contemporains allemands ou flamands.

Retour à la Cité de la Musique, samedi 19, dès 15h00. En prélude au concert de 17h00 de Benjamin Alard, qui interprètera au clavecin et au virginal des œuvres de Purcell et de ses contemporains William Byrd et John Blow, des historiens, musicologues et spécialistes de la littérature anglaise se pencheront sur les rapports du compositeur aux genres musicaux de son temps, sur ses influences italienne et française, ainsi que sur le contexte culturel et politique dans lequel il a vécu. Cette table ronde d'avant concert, animée par l'historien Marc Dumont, réunira Marielle Khoury, Frédéric Ogée, anglicistes, et Pascale Saint-André, musicologue.

Ce Domaine Privé Gustav Leonhardt se terminera en beauté, samedi 19 septembre, par un grand concert du Café Zimmermann. Cet ensemble a déjà joué sous la baguette de Leonhardt, notamment dans des cantates profanes de Bach. Il présentera cette fois un programme composé de divers anthems de Purcell, sortes d'équivalents du motet dans la liturgie anglicane. Plutôt que les full anthems, destinés à un chœur polyphonique avec ou sans accompagnement instrumental, Purcell a privilégié les verse anthems, comprenant des parties vocales solistes qui dialoguent avec le chœur dans une écriture concertante. La première partition du genre qui nous est parvenue de sa main est probablement My beloved spake (Z 28, avant 1677). Fondé à Rouen en 1998 et actuellement dirigé par Pablo Valetti, l'ensemble Café Zimmermann tient son nom de l'établissement de Leipzig où le Collegium Musicum de Telemann et Bach donnait ses concerts.


"L'image que nous savons inexacte reste parfois plus forte que la vérité que nous n'ignorons pas."  Philippe Beaussant

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#2 16-09-2009 19:20:03

Re : Leonhardt et ses amis à Paris du 15 au 19 septembre 09

La Cité de la musique à Paris consacrera à partir de mardi un «domaine privé» au Néerlandais Gustav Leonhardt, un pionnier et un maître du renouveau baroque qui rendra hommage à un compositeur dont le monde musical fête le 350e anniversaire de la naissance, Henry Purcell.

Jusqu'au 19 septembre, «l'Orphée britannique» (né le 10 septembre 1659, mort en 1695) sera au programme d'une table ronde et de cinq concerts joués au clavecin et à l'orgue -- les instruments de Gustav Leonhardt, 81 ans -- mais aussi en formations de chambre ou orchestrales. Ce n'est pas Purcell mais Bach qui a imposé Gustav Leonhardt, honnête homme au geste musical aussi rigoureux qu'imaginatif, au panthéon de l'interprétation sur instruments anciens. Son nom reste associé à l'enregistrement intégral, entre 1971 et 1990, des près de 200 cantates sacrées du Cantor avec l'Autrichien Nikolaus Harnoncourt, son presque jumeau (80 ans en décembre).

Très tôt engagé en faveur de Bach -- il a enregistré les «Variations Goldberg» au clavecin dès 1953 --, Leonhardt l'a même incarné au cinéma dans la «Chronique d'Anna Magdalena Bach» (1967) de Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.

Si le musicien aime Bach d'un amour quasi divin, il «adore» Purcell. «C'est un des quatre ou cinq plus grands compositeurs pour moi», glisse-t-il dans un entretien à l'AFP.


Problème: l'Anglais a peu écrit pour les claviers de Leonhardt. Ses pièces pour clavecin n'étant pas assez nombreuses pour occuper une soirée, le Néerlandais en donnera d'autres, à la Cité, en compagnie de ses amis belges les Kuijken (Sigiswald et sa fille Sara au violon, Wieland à la viole de gambe).

L'orgue, auquel Leonhardt a consacré son premier disque (en 1950), ne sera pas oublié: le maître jouera l'instrument nouveau de Saint-Louis-en-l'Île, conçu selon une esthétique (baroque d'Allemagne du nord) qui permettra de confronter Purcell à des compositeurs flamands et allemands.

Son Purcell sera aussi vocal (musique sacrée), mais pas lyrique. Pas de «Didon et Enée», de «King Arthur» ou de «Fairy Queen» au programme: Leonhardt a renoncé de longue date à l'opéra, en tout cas en version scénique.

«J'ai eu de mauvaises expériences avec des metteurs en scène. Il y en a trop qui veulent se présenter comme des novateurs, je ne veux plus faire ça», explique le chef.

Le répertoire instrumental, de toutes façons, suffit à son bonheur. Avec le legs des XVIIe et XVIIIe siècles, «je dispose de la plus grande littérature qui ait jamais été écrite pour le clavier», s'enflamme-t-il. «Pour l'orgue et le clavecin, c'est énorme, sans fin».

La direction n'est pas au coeur de ses préoccupations. «Cela a toujours été été un à-côté: je n'ai pas de choeur, pas d'orchestre, pas de baguette ! Je ne dirige que quand des ensembles existants me le demandent», rappelle-t-il.

  Longtemps pédagogue recherché, Leonhardt n'enseigne plus depuis quinze ans. «Un bon élève est un élève qui n'a pas besoin de maître», fait-il valoir. Il pense en outre avoir «plus ou moins fini d'enregistrer», lui qui a gravé près de 300 disques, dont 200 en solo. «J'en ai fait assez, et je suis âgé», dit-il sans regrets.

Mais il continue de jouer en public, en «serviteur» plus qu'en interprète de la musique, comme il aime à se définir. Et le maître relit son glorieux passé sans orgueil particulier: «J'ai fait mon devoir, je crois, et c'est tout».

Benoît Fauchet
AFP

Dernière modification par Louis Couperin (16-09-2009 19:21:18)


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